SELON LA COULEUR DE L'ENCRE... (extraits)
En accord avec André Lérac, nous avons choisi quelques poèmes pour vous donner un aperçu de son talent.
Nous avons également joint une liste des oeuvres qui figurent dans son livre.
Pages 43 et 44 : il s'agit d'une petite pièce récompensée par une citation aux Jeux Floraux du Dauphiné.
Jeux d'enfant.
Dans la rue, j'ai découvert
Une fillette aux yeux verts
Qui m'a ému jusqu'aux larmes.
Elle a dit :
"Voici tes armes,
On va jouer aux soldats
Qui meurent dans les combats,
Mais tu sais, c'est moi qui gagne !"
J'ai regardé ma compagne
Et j'ai répondu :
"D'accord,
Mais lorsque je serai mort
Tu connaîtras la tristesse
Car, crois-moi, jolie princesse,
On n'est tué qu'une fois
Sauf dans les films que tu vois".
Avec des gestes de fête,
Elle a ri :
"Que tu es bête !
Tu n'as rien compris au jeu,
Tu fais le mort, rien qu'un peu
Et après, dans la ruelle,
On jouera à la marelle
Puis à la corde à sauter".
Et ses yeux verts d'insister.
Alors, le combat
fit rage
Et je suis mort sous l'orage,
Puis, je suis monté au ciel
Dans un décor irréel
Avant de sauter, allègre,
De l'huile jusqu'au vinaigre !
Grenoble, octobre 1987
Page 69 : c'est un sonnet, certes irrégulier puisqu'il n'est pas en alexandrins.
Ignorance.
Pauvre Nicole,
Ton soupirant
Est ignorant
Du protocole.
Où est l'école
Qui nous apprend
Les mots vibrants
Que je bricole ?
Depuis l'enfance,
Comme un faux pas,
Comme une offense,
Je ne sais pas
Dire "je t'aime"
Aux gens que j'aime !
Grenoble, septembre 1992
Pages 98 et 99 : est-ce une reverdie ? nous laissons au lecteur le soin de classer ce texte.
La mauvaise herbe.
Là et partout où l'on sème,
Il y a un cul-terreux
Qui s'invente un faux problème
En faisant des choix véreux ;
Au profond de sa campagne,
C'est la faute de l'Espagne
Si les fruits goûtent si peu ;
Le ciel est un bon coupable :
Saura-t-il, cet incapable,
Qu'il faut soleil quand il pleut !
Là et partout où l'on sème,
Il y a des vagabonds
Qui savourent la bohème
Trouvant que tout y est bon ;
Mais craignant qu'on les enferme,
Ils n'approchent d'une ferme
Qu'à la dernière clarté,
Afin d'échapper aux normes,
Ils fuient tous les uniformes
Au nom de la liberté.
Là et partout où l'on sème,
Il y a des malheureux
Dans le petit matin blême
Qui s'en vont le ventre creux ;
Quand ils tendent leurs mains maigres
Pour prendre les pommes aigres,
On les juge sans recours,
Cependant que l'on calcine
L'excédent dans la ravine
Pour que ne chutent les cours.Là et partout où l'on sème,
Il y a des rimailleurs
Qui s'adonnent au poème
Et rêvent d'autres ailleurs.
Referme-toi, marguerite,
Ou tu apprendras bien vite
Quel sera ton triste sort :
Jusqu'à l'ultime pétale,
Pour le poète, est vitale
Sa chance d'être aimé fort.
Là et partout où l'on sème,
Il y a des fleurs des champs
Qui s'épanouissent là même
Où le sol est alléchant ;
Au milieu de la tomate,
Elles font fi du sulfate
Et se moquent du mildiou :
C'est à croire que la graine
Cultivée n'est pas la reine,
Nom de Diou de Nom de Diou !
Grenoble, janvier 1995
Pages 118 à 120 : serait-il envisageable de mettre ce poème en musique ?
Sourire.
Sourire tout le temps serait chose facile
Si les gens, un matin, se réveillaient heureux ;
Hélas, dans cette vie, qu'y a-t'il de docile,
Même rêver d'amour est un acte onéreux !
Car on fait des projets ; conscient, on calcule
Que pour vivre ensemble, sans être ridicule,
Il faut traiter l'affaire avec le plus grand soin,
Y retrancher des plus, y ajouter des moins ;
Sourire tout le temps, pour sûr, n'est pas facile
Dans ce monde imbécile
Qui ne voit guère loin.
Sourire dans la rue quand la jupe complice
Se relève un peu trop, révélant des froufrous,
La belle y voit déjà un soupçon de malice,
Nous toisant de bien haut pour montrer son courroux :
Il faut se protéger pour éviter l'ombrelle
Car cette giboulée pourrait être de grêle,
Or, on ne saisit pas quel est ce mauvais tour
Qui la fait se parer pour cacher ses atours ;
Sourire dans la rue, pour sûr, n'est pas malice
Quand survient un délice
Méritant le détour.
Sourire à belles dents à l'agent de la rousse
Pour obtenir de lui quel est le bon chemin
Peut s'avérer fatal quand on sort de sa brousse
S'il s'arme d'un carnet d'amendes dans la main ;
Pour parler à un flic, même s'il paraît brave,
Il faut une raison, de préférence grave,
Se faire tout petit, ne pas être souillon,
En un mot accepter d'être un pauvre couillon :
Sourire à belles dents, pour sûr, devant la rousse
C'est maquiller sa frousse
De prendre le bouillon.
Sourire d'un cocu en lui flattant la corne
C'est fournir à l'ami de quoi soigner son mal,
Mais, dans la dérision, s'il croit qu'on le flagorne,
Il peut se révéler n'être qu'un animal ;
Il faut, alors, s'attendre à toutes les bassesses,
Surveiller nos femmes ainsi que nos maîtresses
Car le vilain jaloux pourrait envisager
De se faire justice et, sur nous, se venger :
Sourire d'un cocu, pour sûr, n'est jamais morne
Si pointue est la corne
Qui porte le danger.
Sourire d'un baiser échangé sur la place
Par des adolescents au seuil de leur bonheur,
On se rappelle alors qu'on n'était pas de glace
Quand on brûlait d'amour pour une fille en fleur,
Mais il faut se garder, sous peine d'être louche,
De donner son avis sur cette mise en bouche
Ce serait provoquer une volée de mots
Que l'on ne peut, ici, répéter aussi haut :
Sourire d'un baiser, pour sûr, jamais ne lasse
Mais on doit avec classe
Envier le bécot.
Sourire à un enfant pour apaiser sa peine
Quand il est égaré aux confins du décor,
Lui raconter le jeu où le marchand de haine
Ne vend plus ses outils qui propagent la mort,
Mais comment lui cacher que, sans cette béquille,
Il tomberait sitôt comme une pauvre quille
Et que, dans les pays, dit-on civilisés,Il est devenu star des shows télévisés :
Sourire à un enfant, pour sûr, est une aubaine
Qui nous rachète à peine
Des corps martyrisés.
Sourire de son sort pour conjurer la guigne
Qui est venue, un jour, nous prendre dans ses bras :
On a été courtois et elle a jugé digne
De ne point s'en aller pour d'autres embarras ;
On ne sait pas comment on pourrait s'en défaire
Car elle est possessive et sait bien son affaire,
Si on la rejetait, on s'en voudrait beaucoup
De lui avoir porté un aussi mauvais coup :
Sourire de son sort, pour sûr, c'est la consigne
Afin de rester digne
Sans se tordre le cou.
Sourire est important pour la joie que l'on donne
A ceux qui sont trop las de n'avoir prospéré,
En quelque sorte, c'est un peu de méthadone,
Une dose d'amour pour les désespérés ;
Mais à bien réfléchir, l'élan qui nous transporte
C'est un peu de soleil accroché à la porte
Car partager son cœur c'est aussi concevoir
Qu'il faut d'abord offrir avant de recevoir :
Sourire est important, pour sûr, et on fredonne
Volontiers quand on donne
Sans jamais décevoir.Moirans, janvier 1998
Page 131 : il fallait choisir un texte en vers libres, nous avons pris le plus court.
Les barbelés.
De toutes les clôtures
les plus difficiles à franchir
sont les barbelés
que l'on a posé pour se protéger de soi-même.
Quand on considère tous les soins
dont ils ont fait l'objet
on hésite à détruire tant de labeur
d'autant plus qu'ils blessent encore
longtemps après qu'ils soient coupés.
Moirans, février 2004
Pages 132 et 133 : et, enfin, une fable.
SortieLe bouc et le blaireau.
Un bouc, au réveil, vit s'approcher un blaireau
Courant d'une alerte foulée
Dont il se méfia d'emblée :
Quel est donc celui-là ? Que désire ce maraud ?
Le plantigrade le héla d'un ton affable :
"Bonjour ! Bien le bonjour l'ami !
Est-ce qu'il me serait permis
De m'installer là, avec vous, à votre table ?
J'ai tout apporté : café, lait, croissants, journal !
La journée s'annonce fort belle
Et, ma foi, j'ai une faim telle
Que je vous invite à ce festin matinal !"
Sans plus de façons, le blaireau prit une chaise,
Mit ça et là son matériel
Et, quand tout fut prêt, cria : "Ciel !
N'y aurait-il rien, dans ce repas, qui vous plaise ?"
Le bouc grommela qu'il lui semblait indécent
Qu'on vînt dans sa propre demeure
Se fournir en sucre et en beurre
Mais, par gourmandise, il avala un croissant.
Le taciturne des blaireaux a fait proverbe
Mais celui-ci était bavard
En vérités et racontars,
Et le soleil haut avait déjà séché l'herbe.
Le bouc prétexta un rendez-vous important
Pour aller faire sa toilette,
Espérant que la pipelette
S'en irait dès lors, afin d'épargner son temps.
L'hôte indélicat était certain d'être utile :
"Quand vous faîtes vos ablutions,
Usez-vous de bonnes lotions ?
Vous parfumez-vous ? Ah, que la rose est subtile !
Savez-vous, mon cher, que je suis l'as du ciseau,
Reconnu expert en moustache ?
Sachez aussi que je m'attache
Aux rouflaquettes, favoris et tous biseaux !
Venez donc ici ! Il faut que je vous savonne…
Eh ! Cette patte est d'un parfait !
J'en suis moi-même stupéfait !
Passons à l'autre que j'en fasse une bessonne !"
Tout à son bagout, le blaireau paraissait fol
Taillant d'abord un peu à droite,
Puis à gauche et encore à droite,
Si bien, qu'à la fin, tout le poil gisait au sol !
Sitôt oublieux, il avisa la barbiche
Mais, cette fois, c'en était trop :
Le bouc repoussa son escroc
Et dit que jamais il ne porterait postiche !
A coup de cornes, il embrocha son bourreau,
Lequel criait à l'injustice :
"Moi qui vous ait rendu service,
Je me vengerai ! C'est parole de blaireau !"
De cette histoire, la morale est la suivante :
Même s'ils sont appétissants,
Il faut se garder des croissants
Donc, salivez mais fuyez devant l'épouvante !
Moirans, novembre 2005
Au sommaire.
Préface.
Coucher de soleil sur l'île de Ré.
Vivre.
Mai.
Fugue.
Supplication.
Au théâtre de la vie.
Premier soleil.
J'ai lâché la pierre.
Dernière volonté.
Voyageuse.
Caresses.
Moustache.
Soir d'août à Paris.
Les croix de Picardie.
Feux-de-Noël.
Des mots rouges, des mots noirs.
Mon horoscope.
Aurores.
Aujourd'hui je tremble.
A l'horloge de l'amour.
Candeur.
Baisers d'hier.
Dans ma maison.
Besoin de tendresses.
La mort des dieux.
Aurais-je encor quelques saisons...
Détresse.
Jeux d'enfant.
Neiges vierges.
La chômlitude.
Soir de pluie.
Braconnage.
De la démocratie.
Selon la couleur de l'encre.
Le point de fuite.
On peut rêver.
Ici et là-bas.
Invitation.
Orage.
Poètes éternels.
Fatras.
Ago.
Petite annonce.
Ignorance.
Jojo.
La crainte de se revoir.
La tête basse.
La foi retrouvée.
Le journaliste.
A la quête d'une étoile.
Debout !
Marchand de canons.
Conjugaison.
Vieillir en amants.
Prémices d'un mois d'émeutes.
La mauvaise herbe.
Le seul vivre.
Pour un dessin de toi.
Le réveil.
Aventure d'automne.
Les chiens.
A mon père.
L'indésirable.
Le serment.
Sourire.
Maureen.
La pêche.
Marianne.
On dit de moi…
Bobologie.
L'imitation.
Les barbelés.
Le bouc et le blaireau.
Je ne sais pas me taire.